Les paysages [5]
Le territoire correspond à une dépression triangulaire d’une superficie de 70 000 hectares, ouverte à l’ouest sur la mer et bordée à l’est et au sud par l’escarpement raide du plateau d’Artois, formant la boutonnière du Boulonnais.
La dépression, appelée Bas-Boulonnais, possède une nature géologique très variée. Les nombreuses failles ont donné naissance à un paysage vallonné et à une grande diversité de sols.
Le Haut-Boulonnais, constitué par le rebord crayeux de l’Artois (dénommé cuesta), ceinture le Bas-Boulonnais du cap Blanc-Nez à Dannes et Camiers, en passant par Desvres. Il culmine à environ 200 mètres d’altitude.
Site classé depuis 1987, le grand site national des Deux Caps (cap Blanc-Nez et cap Gris-Nez) est un des sites emblématiques de la région Nord - Pas-de-Calais. Il se déroule sur une façade maritime de 25 km, profondément marquée par des grands secteurs de falaise : falaise jurassique pour le Gris-Nez et falaise du crétacé pour le Blanc-Nez, séparés par la baie de Wissant.
Plus précisément, trois grands types de paysages caractérisent le territoire :
- les paysages du Boulonnais proprement dits, constitués des coteaux de la boutonnière, du fond bocager et du bassin carrier (en dehors de la façade littorale). Ce sont des paysages de bocage, cernés par le relief de la boutonnière et ouverts sur la mer ;
- les paysages des dunes et estuaires d’Opale : ce sont de vastes ensembles dunaires qui se poursuivent en Picardie (Marquenterre). Ces paysages de littoral « picard » proposent un feuilleté de plages, de dunes, d’étangs et de marais arrière-littoraux. Ils comprennent l’estuaire de l’Authie, et possèdent un caractère trans-régional affirmé ;
- les paysages des falaises d’Opale, constitués des caps et de la façade maritime boulonnaise. Ce littoral offre une très grande diversité sur quelques kilomètres.
Les espaces naturels et la diversité biologique
Le Boulonnais, dans son ensemble, est caractérisé par un patrimoine écologique d’une qualité exceptionnelle et d’une grande diversité.
Identifié en tant que carrefour biogéographique, le Boulonnais présente des substrats géologiques variés, supports d’une mosaïque de milieux naturels (sept ZNIEFF [6]) et d’un patrimoine écologique d’une qualité exceptionnelle.
De nombreux sites sont particulièrement remarquables : la richesse biologique littorale des falaises ; les dunes de type flamand et picard ; les zones humides telles que les marais dunaires de Tardinghem, les prairies humides de Beuvrequen et l’estuaire de la Slack ; les milieux très spécifiques de dunes décalcifiées (pré communal d’Ambleteuse) ; les pelouses calcicoles de la cuesta sud du Boulonnais (protégées par des arrêtés préfectoraux de protection du biotope) ; les forêts de Desvres, de Boulogne, d’Hardelot et de Guînes, etc. La plupart de ces sites a été désignée Natura 2000.
D’autre part, le bocage développé autour des forêts de Boulogne et Desvres constitue une importante structure écologique de biotope bocager, bordé par la mer et par les prairies humides, les forêts et les petits cours d’eau.
L’eau
Les eaux souterraines
De par sa géologie, le Boulonnais ne dispose pas d’une importante ressource : seuls 55 % des besoins des Boulonnais sont satisfaits par des prélèvements dans la nappe de la craie à la périphérie du bassin. Le territoire dispose cependant de nombreuses petites réserves en eaux souterraines. Elles se trouvent dans les calcaires du Jurassique, et alimentent de nombreux petits captages.
Les principaux problèmes résident dans la gestion de la qualité de la ressource. En effet, les formations du Jurassique sont très vulnérables et les principales pollutions rencontrées sont la turbidité et les pesticides. La turbidité provient de la nature des formations géologiques et ne peut être éliminée que par traitement. La présence des pesticides a tendance à se généraliser.
Par ailleurs, la présence de nitrates constitue une pression significative et une vulnérabilité forte sur les eaux souterraines.
Les eaux superficielles
De par sa topographie, le bassin côtier du Boulonnais constitue une entité hydrographique qui s’individualise nettement des autres bassins du Nord - Pas de Calais. Le relief accidenté et les sols à dominante argileuse ont donné lieu à la formation d’un chevelu dense de petits ruisseaux dont le régime s’apparente à celui des torrents.
Cependant, pendant les périodes sèches, en l’absence de nappe souterraine importante, les écoulements se tarissent fréquemment. Les variations de débit ont pour conséquence un faible pouvoir auto-épuratoire des cours d’eau. Ces faibles débits, conjugués à l’érosion des sols, entraînent également l’envasement des estuaires. Ce comblement a une influence en amont.
La masse d’eau de surface de la Liane constitue une ressource en eau non négligeable. La Slack est la seule rivière qui a fait l’objet d’aménagement en Wateringues sur 50 ha. C’est aussi la seule dont l’estuaire a été en partie préservé.
En dehors du secteur de Boulogne-sur-Mer, la qualité des cours d’eau s’est améliorée ces dernières années, mais elle ne parvient pas à atteindre un niveau excellent malgré l’absence de sources de pollutions importantes. Les matières en suspension constituent le facteur le plus critique. Les insuffisances en matière d’assainissement domestique et industriel sont la principale cause de dégradation.
Les zones humides du Boulonnais se distinguent par leur lien avec la mer, leur appartenance au domaine biogéographique atlantico-européen et par le substrat sableux d’une partie d’entre elles. Elles n’occupent qu’une fraction faible du territoire, mais jouent un rôle important dans l’accroissement de la biodiversité régionale.
Les eaux littorales
Sur le territoire, le « littoral » s’étend sur une cinquantaine de kilomètres et offre notamment une quinzaine de zones de baignade. On y trouve aussi des gisements naturels de moules, des sites potentiels de développement de bouchots et des lieux d’activités de loisirs liés à la mer.
La qualité du milieu marin
Pour les secteurs « naturels » (hors port), et compte tenu des connaissances actuelles très partielles, on peut noter que, du point de vue biologique, les milieux littoraux constituent une grande richesse écologique pour le bassin. L’équilibre de la flore phytoplanctonique pose néanmoins partout problème, en lien avec les apports en nutriments. L’eutrophisation s’impose en effet comme une problématique environnementale dans tout le bassin, avec de spectaculaires proliférations algales sous forme de mousse au printemps. Ces proliférations dues à l’algue Phaeocystis ont essentiellement un impact visuel et ne manifestent aucune toxicité directe.
En matière de micropolluants organiques, la surveillance révèle des contaminations en hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), polychlorobiphényls (PCB) et lindane, dont l’impact sur les écosystèmes reste à évaluer.
La qualité bactériologique du milieu marin littoral est notamment évaluée grâce aux normes pour les eaux de baignade. La qualité des eaux de baignade, qualifiée de « catastrophique » en 1988, s’est fortement améliorée pour répondre aujourd’hui aux normes, sauf à Boulogne-sur-Mer. Cependant, depuis 1997, la part des plages classées en « très bonne qualité » varie de manière importante selon les années.
La qualité des eaux conchylicoles s’améliore progressivement sans atteindre toutefois la classe A.
Il existe différents réseaux de surveillance ; leur optimisation est en cours dans le cadre du schéma directeur des données sur l’eau (SDDE).
La connaissance des milieux marins côtiers reste à améliorer : qualité chimique, faune, flore, impact des pressions, notamment impact de la réception des effluents, des rejets directs en mer, etc.
Les risques naturels et technologiques
Les risques naturels
Le Boulonnais est soumis à deux grands types de risques naturels : l’érosion côtière et les inondations.
L’érosion côtière
L’érosion importante du trait de côte, des falaises et dunes littorales est aggravée par les conséquences négatives de la pression humaine. La crise érosive touchant le trait de côte s’inscrit dans ce que l’on peut appeler un « cycle » d’évolution du littoral constitué de phases d’accumulation, de phases d’équilibre et de phases de pénurie sédimentaire, donc de recul.
Les facteurs qui influencent l’équilibre du trait de côte sont très variés, depuis les facteurs structurels tels que la morphologie, la nature des sédiments ou les conditions hydrodynamiques, jusqu’aux facteurs circonstanciels : variations climatiques, tempêtes, etc.
Le littoral est fragile, et son équilibre précaire, ce qui nécessite la mise en place de dispositifs d’amélioration des connaissances, de suivi et de gestion.
Un plan de prévention des risques (PPR) sur les côtes à falaises, piloté par le Service maritime des ports de Boulogne et Calais (SMBC), concerne dix communes littorales du Calaisis et du Boulonnais, de Sangatte à Équihen-Plage. Le PPR a été soumis à enquête publique fin 2002 et a été approuvé par le préfet en octobre 2007, malgré des difficultés d’application sur des secteurs situés à l’arrière d’ouvrages de défense côtière.
L’érosion du trait de côte concerne également les côtes basses meubles qui font l’objet de deux PPR « érosion, déplacement dunaire et submersion marine », regroupant trente communes depuis la baie de l’Authie jusqu’au cap Gris-Nez et du cap Gris-Nez à la limite du département du Nord. Ces deux PPR sur côtes basses sont parvenus à la définition des différents zonages réglementaires.
Par ailleurs, un programme d’étude des risques de submersion marine et d’érosion côtière en lien avec le changement climatique a été lancé en 2005. Piloté par la DIREN Nord - Pas-de-Calais, ce travail s’appuie sur les contributions du Centre d’études techniques de l’équipement (CETE) Nord - Picardie, du Centre d’études techniques maritimes et fluviales (CETMEF) et des directions départementales de l’Équipement (DDE) locales.
Les inondations
Les caractéristiques du bassin hydrographique présentées précédemment montrent la forte sensibilité du territoire aux risques d’inondations. Pendant les fortes pluies, la montée des eaux est brutale et les crues générées par les trois fleuves côtiers (la Liane, le Wimereux et la Slack) provoquent rapidement des inondations sur plusieurs centaines d’hectares.
Ces trois rivières ont fait l’objet d’un Atlas des zones inondables. Le plan de prévention des risques d’inondation (PPRI) de la Liane est approuvé depuis le 16 février 1999 et modifié sur sa partie aval depuis le 5 Juillet 2004. Les communes riveraines de la Liane bénéficient d’un dispositif de prévision de crues organisé par l’État.
Un programme d’actions de prévention des inondations (PAPI) a été lancé en 2004 sur le bassin côtier du Boulonnais. Il est porté par le Syndicat mixte pour le schéma d’aménagement et de gestion des eaux du Boulonnais (Symsageb).
Les risques technologiques
Le Boulonnais ne compte ni site classé « Seveso », ni silo ou dépôt d’engrais soumis à autorisation.
Les pollutions marines accidentelles
La forte fréquentation maritime du détroit du Pas de Calais constitue un important risque d’accident maritime.
Le plan « Polmar Mer » de la Manche et de la mer du Nord organise la lutte en mer contre une pollution de grande ampleur. Le plan « Polmar Terre » du Pas-de-Calais, destiné à préparer la lutte contre les pollutions marines accidentelles, a été arrêté le 12 janvier 2004.
La DIREN Nord - Pas-de-Calais a été chargée de deux des annexes techniques : le plan de sauvetage de la faune touchée (réalisé en 2003) et l’inventaire des zones sensibles du littoral aux pollutions marines accidentelles. Cet inventaire a donné lieu à la production d’un atlas en 2006. Ce document a pour objet de définir les zones les plus sensibles du littoral en cas de pollution accidentelle, en particulier les pollutions par hydrocarbures. Cet atlas est assorti de préconisations environnementales en matière de lutte contre les pollutions, de façon à aider les services en charge de l’élaboration du plan de nettoyage à limiter les impacts des opérations de nettoyage sur les milieux naturels.
Le sol et le sous-sol
Dans le Boulonnais, 446 sites BASIAS
[7]ont été recensés, ainsi que 7 sites BASOL
[8] dont Manoir Industrie à Outreau.
L’air et le bruit
La qualité de l’air subit l’impact du trafic automobile, surtout dans le centre de l’agglomération boulonnaise. Mais les niveaux d’oxydes d’azote ne dépassent pas les normes en vigueur. Ainsi, une campagne de mesures du dioxyde d’azote (NO2) réalisée en 2000-2001 n’a pas montré d’impact sur le secteur du trafic automobile lié à l’A16.
Le sud-ouest du Boulonnais est davantage touché par la pollution photochimique. Depuis la fermeture du principal émetteur industriel en 2004, le Boulonnais ne possède plus de « gros » émetteurs répertoriés par la direction régionale de l’industrie, de la recherche et de l’environnement (DRIRE).
13 % du réseau routier est classé pour le bruit, ainsi que 51 % du réseau ferré. Ces deux pourcentages sont au-dessus de la moyenne départementale.
L’énergie
Le territoire du Boulonnais comporte quelques entreprises grosses consommatrices d’énergie et donc fortes émettrices de gaz carbonique.
Parmi les 117 entreprises assujetties au plan national d’allocation des quotas (PNAQ) du Nord - Pas-de-Calais, trois se trouvent sur le territoire du Boulonnais. Elles relèvent d’activités variées : cimenterie Holcim à Lumbres, Chaux et Dolomies du Boulonnais, Continentale Nutrition à Boulogne-sur-Mer.
En matière d’énergie, plusieurs initiatives sont en cours sur le territoire, et notamment :
- la décision de créer un réseau de chaleur produite par une chaudière à bois de 2 MW à Outreau qui alimentera 650 logements collectifs et des établissements scolaires. Il est actuellement en construction ;
- l’expérimentation à Équihen d’une éolienne à axe horizontal de petite taille (6 KW) susceptible de s’insérer dans le tissu urbain.
Par ailleurs, un parc éolien a été installé au Portel (quatre machines de 750 kW) et le parc naturel régional des Caps et marais d’Opale a été le premier à lancer un schéma territorial éolien.
Un contrat Atenee (actions territoriales pour l’environnement et l’efficacité energétique) est également mis en œuvre depuis début 2003 par le PNR des Caps et Marais d’Opale.
Les déchets
Le taux de valorisation matière des déchets municipaux est de 25 % en moyenne sur le territoire, soit un taux inférieur à la moyenne régionale, qui était de 32 % en 2004
[9]. Ce taux est proche de la moyenne régionale sur la communauté de communes de la Terre des deux caps.
Trois des quatre collectivités ont engagé la promotion du compostage individuel : les communautés de communes de la Terre des deux caps, de Samer et du Pays de la faïence de Desvres.
Dans le domaine des déchets ménagers, une baisse significative du tonnage produit est constatée et il faudra attendre les prochaines années pour savoir si elle est durable ou conjoncturelle. Le taux de valorisation matière est en augmentation tandis que le tonnage de déchets ultimes est en baisse.
En terme d’équipements, le territoire dispose de deux centres de tri des déchets ménagers créés et exploités par les collectivités : la communauté d’agglomération de Boulogne et la communauté de commune du Pays de la faïence de Desvres. Par ailleurs, les déchets végétaux sont traités sur des plates-formes de compostage extérieures, et les déchets résiduels sont principalement mis en centre de stockage à Dannes.
La gouvernance et l’écocitoyenneté
Le territoire est compris dans le périmètre du parc naturel régional des Caps et Marais d’Opale. Le PNR développe, entre autres, des actions en matière de paysage et d’urbanisme (schéma local éolien, accompagnement des collectivités pour l’élaboration des plans locaux d’urbanisme, etc.) et a animé le schéma d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE) du Boulonnais.
Un « espace Info Énergie » couvre les zones relevant du PNR des Caps et Marais d’Opale depuis le 1er janvier 2007.
Dans le domaine de l’éducation à l’environnement, le territoire compte deux équipements éducatifs et touristiques importants sur la thématique de la mer et du littoral : Nausicaa et Arena (centre d’interprétation des dunes). Ce dernier propose également des animations pour les scolaires conçues en collaboration avec le syndicat mixte Eden 62 et des enseignants missionnés par le rectorat de Lille.