Les talus
Le paysage est ici extrêmement dessiné, souligné par la végétation. Dans les vallées, les limites parcellaires sont mises en scène par les haies bocagères et les plantations d’alignement. Sur les plateaux, le paysage est façonné, sculpté à même la terre, par les talus ou « rideaux ». Il faut imaginer des siècles de patients labours, et de sillons toujours pareillement orientés, pour expliquer ces constructions humaines dont la modestie voile le caractère patrimonial.
La campagne du Grand paysage régional du Montreuillois revêt toutes les parures, toutes les facettes des images d’Épinal de la campagne française. Les prairies grasses et humides succèdent aux grands champs labourés, les pâtures sèches aux boisements touffus. Ces motifs épousent, avec une rigueur qui semble imperturbable, les contraintes topographiques des lieux. L’herbe des fonds de vallées révèle, par l’intensité bleutée de ses verts, la présence des rivières ; tandis que par contraste, l’herbe des coteaux, jaunie très tôt dans la saison, signale le calcaire sous-jacent. Quant aux plateaux, leur terre limoneuse fine et ocre, que les sillons mettent au jour, est associée à la couleur des céréales. Les bois de feuillus mélangés, enfin, affectionnent les coteaux les plus pentus ou les moins bien exposés.
La répétition de ces motifs dans chacune des vallées affluentes de la Canche et sur chacun des plateaux intermédiaires indique la force d’un modèle agraire qui apparaît être aujourd’hui encore pertinent. L’adéquation entre la géographie locale et le modèle de la polyculture- élevage trouve ici une illustration parfaite déclinant une diversité de conduites agricoles (la gestion d’une prairie humide n’est pas celle d’un coteau calcaire...), signe d’une grande richesse des savoir-faire et techniques agricoles à l’oeuvre.
Des arbres et du vent
La proximité maritime est peu sensible dans les petites vallées du Montreuillois. Elle s’exprime en revanche sur les plateaux, battus par les vents comme en témoignent l’inclinaison des arbres d’alignements plantés le long des routes.
La diversité de la « panoplie » végétale qui accompagne les terres vient confirmer l’aboutissement du système cultural en place. Les haies basses taillées, ou domine l’aubépine, clôturent les prairies des fonds de vallées et celles, également situées dans les vallées, qui entourent les fermes. Des alignements de saules taillés en têtards, des peupliers, des frênes... offrent des ombrages nombreux tout en participant à l’équilibre hydrique de la parcelle et à la qualité des paysages ! Sur les coteaux, la végétation arborée disparaît pour laisser la place à quelques arbustes, que l’on pressent comme envahissants, au sein desquels le genévrier tient sa place. Les bois qui, ici et là remplacent les pelouses sèches des coteaux, contrastent avec ces dernières par l’impression foisonnante donnée par les houppiers généreux et sombres des chênes, charmes et autres érables ou merisiers... Sur les plateaux, arbres et arbustes restent présents, le long des routes pour les premiers et sur les talus pentus pour les seconds.
Les villages jouent un rôle considérable dans l’organisation structurelle des paysages de campagne du Montreuillois. Cantonnés aux vallées, ils affichent une évidente relation à la rivière, mais ne proposent guère de découverte visuelle aisée de l’eau courante elle-même. L’inscription territoriale de la route principale du fond de vallée, sur laquelle s’égrènent les fermes, est là encore très codifiée : dans la vallée, mais légèrement en surplomb, dégageant ainsi de part et d’autre des terrains « à pied sec » et encore peu pentus, ou la construction est facile.
Dans ces paysages marqués du sceau de l’équilibre, les coteaux apparaissent comme des éléments clés, artisans de l’articulation entre les fonds et les hauteurs. Ou que se porte le regard, leurs douces croupes apparaissent, attirent les regards qui dévalent leurs pentes ou affrontent leur frontalité. Or ces espaces apparaissent comme les plus fragiles du point de vue agricole : les fourrés gagnent ou encore des maisons, des plantations...
Cette description ne réduit pas les paysages ruraux du Montreuillois qui comprennent la large vallée de la Canche. La vocation agraire de cette dernière a déjà cependant largement disparu devant le boisement, notamment de peupliers.





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